Les préparations de l'Exposition universelle de 1958 qui ont commencé ont hélas obligé les organisateurs du salon à réduire considérablement l'espace d'exposition et les fabricants et importateurs d'accessoires ne sont pas présents. L'espace réduit n'empêche cependant pas Ford d'occuper un pavillon latéral entier pour la deuxième fois consécutive. Tous les autres exposants se retrouvent réunis dans le grand palais central.
Comme chaque année, le Salon de Bruxelles est l'occasion de découvrir la nouvelle gamme européenne des constructeurs américains.
La voiture de sport anglaise AC Ace est exposée à Bruxelles avec un moteur Bristol de 105 ch. Abarth présente une version sportive de la Fiat 600, la 750 qui se caractérise par sa livrée bicolore et son moteur à la cylindrée portée à 747 cm³ pour une puissance de 41,5 ch. L'Abarth 750 se vend au prix de 79 500 francs (contre 54 500 pour la Fiat 600 de base).
Chrysler crée la surprise en proposant un moteur Diesel perkins sur ces modèles économiques Plymouth, DeSoto Diplomat et Dodge Kingsway. Ce Diesel de 3,15 litres développe 64 ch à 3000 t/min et est associé à une boîte manuelle trois vitesses.
EMW présente pour la première fois la Wartburg P-311 qui remplace l'IFA F9. La puissance du moteur est portée à 38 ch. L'empattement est allongé de 10 cm. l'assemblage de la Wartburg en Belgique doit débuter en mai.
A Bruxelles, Ferrari présente la 410 Super America dont le châssis avait été exposé en octobre à Paris. Elle est habillée d'une élégante carrosserie dessinée par Pinin Farina, ce qui en fait une des plus belles voitures du salon. Chez Maserati, les visiteurs découvrent le modèle A6G/54 Gran Turismo en deux versions de carrosserie réalisé par Zagato et par Allemano.
Sur son stand, Fiat présente un modèle innovant, la 600 Multipla offrant jusqu'à sept places.
L'importateur belge de la voiturette Isetta annonce qu'il va la remplacer par la version française du même modèle, fabriquée par Velam.
Chez Panhard, l'importateur présente un cabriolet quatre places réalisé par le carrossier Albert d'Ieteren dont le prix affiché est de 119 500 francs. Le cabriolet repose sur la structure de la berline mais les panneaux latéraux arrière ont été étendus vers l'avant et les quatre portes ont été remplacées par deux portes en matière plastique.
La marque belge Minerva présente un nouveau véhicule tout-terrain de 7 à 10 places. Il est disponible en deux empattements différents et avec quatre moteurs au choix, soit le Continental de 2,6 ou de 2,3 litres, soit un Diesel Jenbach 2 cylindres de 1,4 litres ou 3 cylindres de 2,1 litres.
Volvo présente une variante de la PV 444 équipée d'un moteur de 70 ch. Un pare-soleil sur le pare-brise et une nouvelle face du radiateur la distinguent du modèle précédent. Elle est disponible immédiatement et coûte 97 000 francs.
Enfin, sept ateliers mécaniques de Herstal se sont associés dans le projet de construire sous licence la Moretti 1200 Sport en Belgique. Il ne s'agit encore que d'un projet et le début de la production n'est pas attendu avant six mois. Il existe des opportunités particulièrement intéressantes pour ce type d'entreprises à Herstal où des centaines de petits ateliers se concentrent principalement sur la fabrication d'armes. Cependant, la question se pose du choix de la Moretti, une voiture de sport n'étant pas le véhicule idéal pour mener au succès commercial.
Parmi les attractions du salon pour les visiteurs, il y avait bien entendu la Citroën DS 19 ou la prestigieuse Continental Mark II mais aussi, arrivée quelques jours après l'ouverture, sur le stand du carrossier Pinin Farina d'une Jaguar Mk VII spéciale dont le style s'inspire de celui de la Lancia Florida.
Extrait d’un article de Jacques Ickx publié dans la revue Automobile du 25 janvier 1956 à l’occasion du salon de l’automobile de Bruxelles
Bien que le Salon de l'automobile de Bruxelles offre de nombreuses nouveautés cette année, il ne peut être comparé aux autres expositions du printemps et de l'automne, qui ont lieu tous les deux ans, car le Salon de l'automobile de Bruxelles est avant tout une manifestation dédiée à l'industrie automobile nationale belge. Les exposants estiment qu'ils pourraient très bien se passer du salon. Mais puisque cette exposition existe, il est nécessaire d'y être présent et d'accepter les frais, même si, selon de nombreuses entreprises, il ne sera pas possible de gagner un seul client supplémentaire. Le test aura lieu en 1958, lorsque les bâtiments qui abritent aujourd'hui l'exposition automobile seront réservés à l'Exposition universelle. Certains craignaient, d'autres espéraient, que les travaux préparatoires rendent impossible le salon de l'année prochaine ; cependant, ces difficultés pouvaient être évitées grâce à une organisation habile. Cependant, le Salon de Bruxelles de cette année a déjà été réduit d'une partie de son champ d'action habituel. Par exemple, les fabricants et importateurs de pièces accessoires ne sont plus représentés. De plus, chaque année il faut plus de stands d'exposition, ce qui aurait posé un gros problème si la Ford Motor Company n'avait pas décidé, comme l'an dernier, de transformer un pavillon situé dans un emplacement défavorable en son propre salon au sein du salon.
Bien que les exposants soient enclins à nier la valeur de l'exposition, le marché automobile belge montre une courbe ascendante. Malheureusement, il n'est pas possible de dire combien d'unités possède actuellement le parc automobile belge, car une amélioration du système statistique aurait entraîné un retard des chiffres disponibles jusqu'au 15 décembre 1953. À cette époque, 368 000 voitures particulières, 159 000 camions, 3 300 autocars circulaient en Belgique, ainsi que 203 000 motos et 72 000 vélos avec moteurs auxiliaires. Selon la Chambre syndicale, le nombre de voitures voyageurs a augmenté d'au moins 100 000 depuis lors. Au cours de l'année 1954, 93 864 véhicules ont été vendus, et le chiffre pour 1955 est estimé à 106 780. L'importation et l'assemblage des camions sont restés inchangés à environ 18 000 unités.
Nous examinons maintenant comment les ventes de véhicules sont réparties entre les différents pays producteurs, en particulier le profit ou la perte de la part de marché exprimé en pourcentage. Les marques françaises ont réalisé le plus de progrès, mais les autres pays peuvent également se satisfaire de leur développement en Belgique, à l'exception du Royaume-Uni, dont le déclin est d'autant plus important que le marché automobile belge a globalement augmenté de 12,5 %. L'Allemagne reste en tête, mais ses principaux adversaires, la France et les États-Unis, ont réussi à réduire leur écart, tandis que l'Italie, la Tchécoslovaquie et la Suède profitent également d'une augmentation de leur part de marché. Comment expliquer ces différents phénomènes ? En particulier, le déclin relatif de la part allemande et la croissance de la part américaine ne sont pas très évidents à une époque où les cercles moins favorisés sont eux aussi en train de se mobiliser. En fait, cette évolution favorise principalement les fabricants de petites voitures moins chères. Ainsi, la proportion de voitures américaines, qui constituait la majorité avant la guerre, a diminué régulièrement. En ce qui concerne les pertes des marques anglaises, il faut souligner, comme partout en Europe, que les conceptions britanniques ne peuvent pas suivre la concurrence techniquement et disposent souvent d'un réseau de services moins développé. L'Italie doit entièrement son succès au nouveau modèle Fiat 600, la Tchécoslovaquie bénéficie de l'amélioration des relations commerciales et la marque suédoise Volvo a su se forger une bonne réputation. Dans le cas de la France, ces efforts commencent à avoir un impact sur le secteur commercial, et la réaction du public acheteur face aux publications de la presse parisienne sur leurs propres véhicules a également eu un effet positif sur leur succès commercial. Neuf voitures vendues sur dix sont assemblées en Belgique. Sur les 106 780 voitures vendues en Belgique en 1955, 94 809 ont été assemblées dans des usines d'assemblage belges. Les chiffres correspondants pour les camions sont de 15 687 unités sur 18 767 unités, soit environ 110 000 véhicules utilitaires désormais importés en Belgique.
La question de l'assemblée obligatoire en Belgique, qui était très débattue il y a deux ou trois ans, semble désormais tranchée à la satisfaction de tous, notamment parce que l'évolution des choses a dépassé même les prévisions les plus optimistes et parce que le niveau des prix n'a pas augmenté à l'ampleur attendue. Dans ce contexte, il convient de mentionner que les deux marques, Morris et Simca, répondent à leurs exigences belges issues de l'assemblage néerlandais ; cette règle n'est pas contraire aux dispositions belges, puisque la Hollande est un pays du Benelux. Il convient également de mentionner que chaque marque peut importer 250 voitures par an, dont l'assemblage peut avoir lieu n'importe où. De nombreuses entreprises n'ont même pas atteint cette limite l'année dernière. La réexportation des voitures assemblées en Belgique est également devenue très importante ; on estime qu'environ 20 % des exportations totales aujourd'hui proviennent d'automobiles.
En ce qui concerne les voitures américaines, les acheteurs belges semblent avoir une forte préférence pour les nouvelles quatre portes hard-top, proposées par les trois grandes entreprises : General Motors, Chrysler et Ford. Dans ce contexte, il faut également mentionner que General Motors a testé cette forme de carrosserie sur six voitures Buick en Belgique dès 1955. La stabilité des programmes modèles américains est également très appréciée en Belgique. La nouvelle Studebaker, cependant, est bien plus réussie dans sa nouvelle forme. En revanche, lâ nouvelle Rambler de l'American Motors Corporation ne trouve pas la réaction souhaitée, probablement principalement en raison des couleurs moins modérées de ce modèle. Les efforts de la Chrysler Corporation dans le domaine des moteurs diesel pour voitures particulières ont désormais conduit à l'installation du moteur diesel Perkins dans les berlines Plymouth. Cette mesure vise principalement à équiper les « taxi verts », très courants en Belgique, et qui avaient déjà réalisé cette conversion à leurs propres frais. À ce stade, il convient également de mentionner l'essai de sept ateliers mécaniques à Herstal qui souhaitent construire le modèle Moretti 1200 Sport en Belgique. Pour l'instant, cependant, le plan n'est que prévu, et il n'y a pas de projet de début de production avant six mois. Il ne fait aucun doute qu'il existe des opportunités particulièrement intéressantes pour ce type d'entreprises dans la ville industrielle de Herstal, car il y a des centaines d'excellents petits ateliers qui se concentrent principalement sur la fabrication d'armes. Cependant, il ne serait pas facile de produire une voiture sportive comme la Moretti 1200 en version plus grande sous licence. Après tout, une voiture de sport n'est pas le véhicule idéal pour mener à un meilleur succès commercial.
Une fois de plus, Pinin Farina est la star du salon. Elle occupe non seulement la position de leader parmi les carrossiers spécialisés, mais montre aussi son influence sur de nombreuses marques. Le tout nouveau coupé qu'il a conçu pour la Ferrari 410 Super America possède des caractéristiques si captivantes qu'on en oublie presque la magnifique 250 Gran Turismo. Le dernier modèle Florida, initialement destiné au châssis Lancia Aurelia B 55, a également influencé le nouveau prototype de Jaguar. Ce véhicule témoigne du grand intérêt qu'une voiture anglaise peut susciter, à condition qu'elle réponde dans une certaine mesure aux exigences continentales. Cette Jaguar spéciale était fort entourée et admirée par les visiteurs. Il n'y avait que deux autres voitures capables de suivre ce succès public, à savoir la nouvelle Citroën DS 19 et la coûteuse Continental Mark II. De ce modèle, vendu en Belgique, 775 000 francs, trois exemplaires ont déjà été vendus lors de l'exposition. Parmi les véhicules plus petits, le modèle Multipla de Fiat en particulier fut un succès complet, dépassant largement toutes les attentes. Cette petite six places a su convaincre immédiatement les acheteurs. La Goggomobil, vendue en Belgique sous le nom d'Isard, commence également à se présenter assez bien, ce qui ne peut pas être dit de l'idiosyncratique Isetta pour le moment. Sous le nom de « Velam », une version française du véhicule construite sous licence entre désormais sur le marché belge. Il semble qu'en Belgique, tous les tricycles et autos miniatures ne soient pas bien reçus, sauf s'ils sont aussi proches que possible d'une voiture normale.

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